Projet La Retirada

Lors d’un collectage dans un Ehpad en 2017, je rencontre une résidente espagnole, originaire de Barcelone âgée de 95 ans. Elle me raconte son passage de la frontière avec sa famille le 6 janvier 1939, fuyant l’arrivée des troupes de Franco. Malgré son français hésitant, elle me parle des « camps de concentration » à la frontière, autour de Perpignan, à la plage de Saint-Cyprien.

Son témoignage m’a particulièrement émue et m’a renvoyé à mes souvenirs d’enfants. Une partie de ma famille est de la région de Perpignan et j’allais régulièrement me baigner à Saint-Cyprien ou Argelès, tous les lieux que cette dame citait mais que je n’aurais jamais imaginés liés à de tels événements tragiques. Quand j’ai voulu en savoir plus, cette dame n’a pas souhaité m’en dire plus, c’était trop douloureux, trop dur, et j’ai bien évidemment respecté sa volonté.

Depuis je vais à la recherche de cette partie douloureuse de l’histoire de l’Espagne et de la France. Je rencontre des témoins ou des descendants de ces témoins pour entendre leurs récits de vie.

Je suis allée également visiter les mémoriaux de Rivesaltes, d’Argelès, ainsi que la maternité d’Elne où de nombreux enfants des camps sont nés et sauvés de la malnutrition et des conditions difficiles.

Mon projet est de transmettre les paroles de ces anciens « migrants », de faire connaître les routes qu’ils ont empruntées, les embûches qu’ils ont surmontée, etc. Bref, de rendre visibles ces histoires portées par l’Histoire.